Fabrice Hoarau, fils de Claude Hoarau et secrétaire coopté
du PCR était l’invité de “Réunion publique” sur
RFO vendredi 28 novembre.
Il a expliqué très clairement les positions de son parti pour une
baisse de 20% du prix des carburants et du gaz, et argumenté la
défense de la compagnie régionale Air Austral sur la base du
service de continuité territoriale dû par l’Etat aux
Réunionnais comme aux autres citoyens éloignés de la République. Et
puis sur la fin, parce qu’un auditeur a évoqué la grève des
journalistes de Témoignages et que le journaliste l’a
interrogé à ce sujet, le jeune secrétaire du PCR a
dérapé…
Le dérapage des responsables politiques du PCR sur la question de
Témoignages consiste en ceci : dans un journal politique comme
Témoignages et dans un parti démocratique, comment peut-on opposer
le rôle des dirigeants politiques (le Secrétariat du PCR) à
l’équipe rédactionnelle que ces mêmes dirigeants se sont
choisie ? Et comment peut-on se fonder sur une
“opposition” aussi factice qu’inique pour
justifier la casse de la rédaction au nom de la
“propriété” du PCR sur Témoignages ? Une
“propriété” qui –soit dit en passant –
n’a jamais été remise en question par personne au journal,
même lorsqu’elle n’était que partielle. On n’en
comprend que plus difficilement cette subite
tremblad-du-propriétaire…
«Il faudra faire connaître les vraies raisons de cette grève»
a dit en substance le Secrétaire du PCR. Chiche, sur les vraies
raisons (et pas sur les ladi lafé prétextes situés en dessous
de la ceinture, que certains répandent dans les sections) ! Les
vraies raisons de la grève des journalistes prennent leurs racines
dans le déficit de démocratie interne au parti communiste
réunionnais et dans son journal. A aucun moment, ce qui a été
présenté début novembre comme «la décision du PCR» n’a fait
l’objet d’un débat entre les militants à différents
niveau, pas même au Comité central qui ne se réunit plus depuis des
lustres.
Les grévistes n’ont appris que le 17 novembre, la cession des
parts du journal alors que celle-ci, d’après J-Max Hoarau,
directeur-gérant de Témoignages, était effective depuis deux à
trois mois. De sorte que, depuis deux à trois mois, certains
à Témoignages réfléchissaient à une réorientation de la ligne
éditoriale, et qu’à aucun moment ils n’ont jugé utile
d’associer la rédaction à cette réflexion – ou ne
serait-ce que le rédacteur en chef, qui y aurait très certainement
consenti si on le lui avait proposé. La rupture de confiance est
venue des politiques – c’est ce qui a poussé le
rédacteur en chef à partir, il s’en est expliqué depuis
– et elle n’a jamais été argumentée. C’est dans
ce déficit d’argumentation que la crise prend racine. Car les
journalistes quant à eux ont tous servi le journal sur la base sur
laquelle ils avaient été engagés pour le faire. Y compris le
rédacteur en chef. Jusqu’à ce qu’elle apprenne que la
direction voulait se défaire de ce dernier, la rédaction a eu
confiance en les capacités de débat qui doivent normalement
prévaloir dans un journal pour corriger ce qui devait l’être
et améliorer les performances de chacun dans les missions qui
étaient les siennes. Les journalistes communistes, bien que
minoritaires, n’ont jamais pensé faire autre chose que
diffuser, illustrer ou accompagner la politique du PCR. Les autres
avaient été engagés après 2004, année du 60e anniversaire du
journal – sur une autre base politique.
Si la direction a jugé utile, à un moment, de réorienter cette
base-là, a fortiori elle devait le faire dans la discussion
collective avec l’équipe, voire même dans une discussion avec
chacun, puisque les bases de chacun pouvaient être en effet assez
différentes. Différentes mais toutes convergentes dans la
préparation et la sortie d’un journal dont les idéaux
fondateurs n’ont cessé d’inspirer l’équipe
rédactionnelle.
Il faut maintenant en venir au point de dérapage, car il est
symptomatique d’une direction politique qui se recroqueville
sur elle-même et qui ne sait plus s’enrichir de la différence
de ses collaborateurs et collaboratrices.
Que dit Fabrice Hoarau ? Il reprend l’un des arguments forts
des grévistes qui, devant le brusque changement de cap de la
direction, ont fait valoir que, même dans la relative autonomie
conquise par les journalistes sous la direction d’Ilan
Chojnow, ils ont fait la preuve de leur efficacité dans la bataille
contre le chikungunya.
Dans une bataille pour faire connaître la vérité à la population
face aux tentatives d’étouffement de l’Administration,
la rédaction a fait la preuve qu’elle pouvait travailler à
partir des informations transmises par un membre du Secrétariat et
à partir de ce qu’elle recueillait du terrain, pour faire
admettre la réalité de l’épidémie et amener
l’administration à mobiliser les moyens de la
combattre.
Cet exemple est important parce qu’il est la preuve que le
PCR pouvait parfaitement travailler avec l’équipe du journal,
à partir du moment où l’enjeu de la bataille est transparent
et d’un intérêt général indéniable. La bataille du
chikungunya a été gagnée parce que le Secrétariat (à travers Jean
Saint-Marc, dont il faut souligner en effet qu’il est le seul
politique à avoir joué un rôle positif au journal) et la rédaction,
ont travaillé ensemble dans la même direction. Pourquoi ce qui a
été possible pour le chikungunya ne le serait pas pour
d’autres batailles, à partir du moment où les enjeux sont
clairement identifiés ? Pourquoi fallait-il casser la rédaction ?
Serait-ce parce que les batailles à venir ne seraient pas de façon
évidente mises au service de l’intérêt général de La Réunion
et des Réunionnais ? La question se pose depuis le coup de force
perpétré contre l’équipe du journal.
Et d’où vient que tout d’un coup, le PCR par la voix de
Fabrice Hoarau, cherche à s’approprier le seul mérite de
cette bataille du chikungunya ? Toujours pour la même raison :
logique de repli sur soi, sectarisme et exclusion de tout ce qui
n’est pas le formatage politique par un petit noyau de
membres cooptés qui disent parler au nom de tous les militants, au
nom de l’ensemble du parti, alors qu’il y a très
longtemps que la parole collective est confisquée par
quelques-uns.
Or cette exigence de formatage est venue après coup, et si
l’on peut la comprendre, il faut aussi que la direction du
PCR comprenne qu’il lui aurait été possible de la faire
admettre à l’équipe du journal par la discussion politique,
par l’exposé de perspectives : autrement dit par toute
attitude qui aurait assis la collaboration entre le Secrétariat et
la rédaction sur une relation de confiance mutuelle et sur des
arguments vérifiables et partageables par tous.
La réalité des rapports sociaux vécus au siège du journal était
tout autre. On ne peut que le déplorer.
Pour répondre à Fabrice Hoarau, il n’y a pas d’autre
cause au mouvement des journalistes que la défense de l’outil
de travail, Témoignages, et l’équipe tout entière, dans les
attentes qui étaient les siennes, a été atterrée de se trouver face
à un mur : personne avec qui discuter. Ni avant, ni pendant la
grève. Tout a découlé de ce déficit de dialogue.
Maintenant que le mal est fait, il y a deux possibilités : ou bien
le PCR cherche à déterminer où il y a eu des erreurs – de
part et d’autre – pour tenter d’y remédier ; ou
bien il s’enferme dans une polémique destructrice désignant
l’une de ses membres comme bouc émissaire. Simplement parce
que celle-ci pose des questions embarrassantes.









